Depuis une vingtaine d’année, partout dans le monde, les villes redécouvrent leur eau, au sens propre comme au sens figuré.

Ce courant a été initié, à la fin des années 60, par plusieurs grandes villes nord-américaines, lancées dans la réhabilitation de leurs friches portuaires (Boston, Baltimore, San Francisco, Nouvelle Orléans, Montréal notamment). La Grande-Bretagne a relayé ce mouvement en Europe à la fin des années 70 ; il s’est ensuite répandu dans les années 90.

Dans les villes fluviales (ou maritimes), l’eau est désormais au cœur des politiques de renouvellement urbain. De nouvelles liaisons sont créées entre les fronts d’eau et les centres villes. De nouvelles destinations sont données aux quartiers portuaires, souvent mono-fonctionnels (industriels ou commerçants ou logistiques). L’urbanisme fonctionnaliste des années 60 et 70, qui avait par exemple conduit à la construction des voies sur berges dans de nombreuses villes, fait l’objet de critiques qui conduisent à de nouvelles réflexions. On reconstruit la ville sur la ville, on réhabilite, dans un esprit de recyclage et de durabilité.

L’eau, après avoir été un facteur de développement économique lors de la construction des villes, avait été camouflée, canalisée, endiguée ; pour être saines, les villes devaient être sèches.

On assiste donc au mouvement inverse dans les villes : l’eau refait surface, elle véhicule désormais des valeurs de qualité de vie, d’art de vivre, de santé. L’eau se partage (fontaines, bains, spas), elle devient une mode (bars à eaux, bouteilles design). Maîtrisée, elle devient un atout, économique, touristique, culturel, etc. Les villes se retournent vers leurs fleuves et leurs rivières, les mettent en valeur. De grands projets voient le jour, même les égouts deviennent partie intégrante du paysage urbain.

  • AQUA URBANA, L’EAU URBAINE

    Les villes fluviales ou maritimes placent l’EAU au centre de nombreuses politiques urbaines (renouvellement urbain, waterfront, protection écologique, loisirs, culture, espaces publics…). L’EAU n’est plus un simple élément fonctionnel de construction de la ville mais devient un élément différentiateur et signifiant.

    Cette capacité à structurer les espaces d’EAU et à leur donner un sens pour les habitants et les visiteurs de la ville est un atout et un défi du développement durable des métropoles.

    Dans cette thématique, sont abordés :

    - L’anthropologie des villes de confluence, d’estuaire.

    Les caractères des villes sont influencés par leur topographie, leur environnement. Les architectes qui ont construit les villes de confluence ou d’estuaire ont été confrontés aux mêmes problèmes, souvent ils ont apporté les mêmes réponses. De la simple gestion des infrastructures à l’intégration de l’EAU dans la culture de la ville, le partage d’expérience est essentiel.

    - La reconquête de l’eau.

    Les fronts d’eau sont réinvestis, des liens sont créés entre les centres villes et les berges. Designers et collectivités travaillent de concert pour rendre l’usage et l’accès des bords de fleuve aussi agréables que possible et étendre la ville au delà de ses limites « terrestres ». La notion « d’eaux territoriales » descend au niveau des centres urbains.

    Exemples des berges de Rhône, de Saône, de Seine

    - La mutation des vieux quartiers.

    Oubliés pendant des années, les quartiers d’activités portuaires sont peu à peu reconquis, pour de nouveaux usages, souvent tertiaires ou de loisirs. Des Architectes-Designers d’alors avaient réfléchi à la construction de bâtiments industriels ou commerciaux, lancent un défi à travers le temps aux Designers d’aujourd’hui pour qu’ils les réinventent en basculant de la pure fonctionnalité vers une nouvelle utilisation ancrée dans l’histoire des lieux.

    Exemple de Confluence, quartier de l’Industrie (qui abrita la Halle de la navigation, lieu d’entretien des péniches de la Saône)

  • AQUA INTELLIGENTIA, L’EAU INTELLIGENTE

    L’EAU est une ressource rare pour la ville. Ses multiples utilisations nécessitent une attention soutenue et une gestion rigoureuse de sa qualité, de ses approvisionnements, de son recyclage… Elle est source permanente d’innovations pour sa distribution, son assainissement, son captage et en général de son utilisation. Pour une ville, elle est une source d’énergie, des voies de transport, synonyme de vie en nourrissant les jardins, désaltérant les habitants ou alimentant la plupart des sites de production… La prise de conscience de sa valeur entraîne un changement radical de son exploitation qu’on cherche désormais à optimiser.

    Dans cette thématique sont abordés :

    - l’eau intelligente

    L’exigence de transparence réclamée par les consommateurs impose de nouveaux types de systèmes d’informations pour connaître la qualité de l’eau que l’on consomme ou dans laquelle on se baigne. De nombreux Designers de logiciels travaillent à des architectures de capteurs relayés par Internet jusqu’au smartphone des utilisateurs. D’autres sociétés explorent les canalisations avec des robots pour en vérifier les fuites, sources importantes de gaspillages. Des constructeurs de bâtiment optimisent la consommation en travaillant sur des circuits d’eaux découplés…  Bienvenue dans l’ère de la  » smart water ».

    - Mettre les systèmes au grand jour.

    Malmö, La Nouvelle-Orléans…ont totalement repensé leur réseau d’eaux usées et d’eau de pluie. Ils les ont découverts. En même temps qu’ils sont devenus des éléments du paysage urbain, ces réseaux jouent mieux leur rôle de canalisation des flux. Leur intégration dans la ville a été confiée à des designers, qui ont combiné innovations techniques et esthétiques.

    - L’éco-mobilité.

    Les villes remettent au goût du jour les navettes fluviales, des déplacements doux sur l’eau sont imaginés, les designers repensent les bateaux, les barges, les péniches… Exemples des Vaporettos à Lyon, du projet d’embarcadère au niveau de l’Hôtel Dieu.

  • AQUA BELLA, L’EAU PLAISIR

    Au cœur minéral de la ville, l’EAU mise en scène offre de nombreuses occasions de plaisir. Elle surprend par sa liberté, séduit par ses reflets, intrigue par sa force… Elle déclenche des émotions apaisantes par son élégance et rassure le citadin par sa pureté.

    Dans cette thématique, sont abordées

    - les fontaines, oasis urbaines

    Les fontaines balisent la ville, elles sont des points de rendez vous, des clairières urbaines et leurs mises en valeurs fait partie du lieu vivre. Qu’elles soient majestueuses ou simple point d’eau, les Designers doivent les concevoir désormais comme les contenus d’une ressource limitée et fragile. Ils doivent intégrer les nouveaux codes urbains pour ne pas les limiter à des performances artistiques mais leur donner un sens.

    Exemple de la rénovation de la place des Jacobins, ou du site Eaupen.net

    - les jeux d’eau, la fraîcheur du rire dans la ville

    Les jeux d’eau sont des espaces d’expression gratuits au cœur des espaces publics. Ils permettent de réunir en temps de canicules des populations différentes qui partagent des plaisirs simples et apprécient ces échanges. Improvisés à l’origine dans les bassins ou fontaines des villes, les  » lieux d’eau » se répandent et se développent avec des mises en scène spécifiques et des règles.

    Exemple : partage d’expérience avec plusieurs villes canadienne proposent des jeux d’eau dans les espaces publics.

    - la détente, « au bord de l’eau »

    Regarder l’eau qui passe ou s’assoupir au bord d’un plan d’eau sont des plaisirs élémentaires et satisfaisant une très grande population. Le rôle du Designer se concentre sur la création d’un environnement de mobilier, d’organisation de l’espace pour que ces expériences passives soient les plus confortables possible.

    Exemple : l’aménagement mobilier des berges du Rhône ou de la Seine.

    - l’esthétique de l’eau

    Le plaisir des yeux reste pour l’eau une éternel surprise. Elle éclate dans le soleil, prend les reflets du monde qui l’entoure comme un miroir liquide, joue sur ses transparences et imposent ses bruits blancs… l’eau est une matière vivante. Les Designers doivent utiliser son unique capacité à se transformer pour illustrer la ville et équilibrer les trois éléments de l’environnement urbain : la pierre des immeubles, la verdure des jardins et les nuances de l’eau.

    Exemple : l’architecture du musée des Confluences

  • AQUA SOURCA, L’EAU MOBILE ET PARTAGÉE

    Transporter l’eau de sa source jusqu’au lieu de son utilisation ou de sa consommation a toujours été une préoccupation pour les hommes. Ils ont inventé et renouvelé les moyens de la porter, les ont adaptés à l’évolution de leurs besoins. Conscients du caractère essentiel de l’eau dans les activités humaines, ils ont conçu nombre de systèmes de plus en plus complexes pour rapprocher l’eau des villes.

    Dans cette thématique, sont abordés :

    - transporter l’eau : la gourde, la bouteille

    À l’origine objets utilitaires, elles sont devenues des accessoires de mode, elles sont élégantes, sportives…adaptées par les designers aux besoins et à l’air du temps.

    - se retrouver autour de l’eau : les bains

    Selon l’endroit de la planète où l’on se trouve, on les nomme bains, sauna, hammam, onsen ; tous ont en commun de faire se rassembler les femmes et les hommes autour de l’eau.

    - le rapport au jardin, l’eau précieuse

    L’eau est un élément vital de la beauté des jardins. Grands utilisateurs, ils doivent optimiser leur consommation et inventer des systèmes pour gérer les apports d’eau aux plantes. Cette créativité, au cœur de la problématique des villes durables est un défi pour les Designers qui doivent travailler les nouveaux usages et pratiques du jardin. Les réflexions sur le recyclage et la pollution font partie intégrante de ce travail.